Cinéma Entretien avec Jean-Pierre Denis - Ici Bas en août sur TV5MONDE
2016-07-22 21:19:06 Dossier de presse officiel du film


 

 

« Ici-bas » est inspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée en Périgord en 1943. Comment avez-vous eu connaissance de cette histoire ? En quoi y avez-vous trouvé matière à un film ?
C’est au cours de rencontres avec des résistants, en vue de la réalisation d’un film documentaire sur les maquis en Périgord, que j’ai découvert cette histoire. J’ai été immédiatement frappé par sa dramaturgie, au sens classique du terme, par la richesse des questions existentielles, morales, politiques, religieuses qu’elle soulevait.

 

 

Sœur Luce s’appelait en réalité Sœur Philomène. Pourquoi avoir changé son nom ?
Au nom de la fiction qui s’inspire de faits réels mais ne prétend pas retracer « l’affaire de Sœur Philomène » à l’origine du drame. Autant, dans l’affaire Papin, pour « Les Blessures Assassines », je disposais d’éléments (procès, écrits, travaux de psychiatres), autant là j’avais moins de matériel pour travailler dans l’intime des personnages, dans le creux du fait divers.Pour la même raison, je me suis refusé à tourner
sur les lieux mêmes du drame liés à cette histoire, par respect pour la mémoire et pour les familles des trente-quatre jeunes maquisards torturés et exécutés par les nazis.


Diriez-vous que Sœur Luce est une héroïne racinienne ?
Sœur Luce est dans la ligne de l’héroïne racinienne en ce que chez elle l’amour est une force irrésistible incontrôlable, mais le glissement de l’amour sacré à l’amour profane ici la singularise. Ce qui est également racinien chez elle, c’est l’amour qui devient souffrance et qui peut amener l’héroïne jusqu’à provoquer la destruction de l’être aimé. De « La souffrance du jeune Werther » de Goethe à « Fragments du discours amoureux » de Roland Barthes, beaucoup d’œuvres m’ont aidé dans ma réflexion sur ce processus de fuite en avant amoureuse destructrice.
On est en empathie avec Luce malgré l’acte qu’ elle commet.Quelle que soit la personnalité de l’héroïne ou la monstruosité de l’acte commis – j’ai déjà éprouvé cela pour Christine Papin dans « Les Blessures Assassines » – je pense qu’aucun auteur n’échappe à un certain attachement à son personnage.
Mais accompagner l’héroïne dans son parcours n’est pas chercher à l’aimer ou à la faire aimer. Sœur Luce s’est imposée à moi comme une femme qui dit « je », dont personne ne tient la main lorsqu’elle prend la plume et qui décide de son sort.Je crois que ce phénomène d’empathie passe plutôt par le fait que le film s’attache à comprendre, à éclairer le cheminement intérieur d’un personnage en nous renvoyant également à notre part d’ombre.


Comment décririez-vous l’évolution de son état entre passion mystique et passion charnelle ?

Dans la progression et l’évolution du personnage de Sœur Luce, je m’attache à traduire, à partir de sa rencontre avec Martial, un trouble puis un désordre qui s’installe, inconnu pour elle. Sœur Luce veut savoir, questionne la Mère, mais restera sans réponse. Au bout de ce glissement qui s’opère, de l’amour du Christ à celui d’un homme, j’ai provoqué cette situation où l’émoi de l’un et la détresse de l’autre aboutissent à un acte d’amour brutal et douloureux. Le lendemain de cette étreinte, elle reste dans le culte du Seigneur et dans la prière. Elle ne sait pas ce qu’est l’amour physique.
En écrivant cette histoire, je savais que la première fois qu’elle ferait l’amour, cela serait très douloureux et qu’elle pleurerait. L’amour de Sœur Luce est au-delà : elle est dans une relation amoureuse imaginée et sublimée. C’est en cela d’ailleurs que cette relation est vouée à l’impasse. Hors de son monde clos (le Christ, le couvent, l’hôpital) Sœur Luce éprouve une certaine difficulté à appréhender la réalité extérieure et demande à Dieu, depuis toujours à ses côtés, de l’éclairer, de la guider.

Par le choix de ce titre « Ici-bas », que vouliez-vous communiquer ?                                                                                                                       L’écriture de ce scénario m’a mené du ciel aux abîmes et c’est par là que m’est venu ce titre. En ouvrant et en terminant le film par l’image d’une source qui bat, je pense avoir voulu inscrire cette histoire et même l’Histoire dans ce temps éphémère du passage de l’homme ici-bas.

Vous avez confirmé le talent de Sylvie Testud dans « Les Blessures Assassines ». Vous donnez son premier grand rôle à Céline Sallette. Comment l’avez-vous choisie ? Comment avez-vous travaillé avec elle ?
Comme je travaille assez lentement et que mes projets sont toujours très difficiles à « monter » en production, le temps me rend parfois de grands services : par exemple l’impression de progresser dans la définition d’un personnage à tel point qu’un jour un comédien vu à l’écran ou rencontré s’impose à moi. Pour Céline Sallette c’est vraiment ce qui s’est passé. Je l’ai vue pour la première fois sur Canal +, dans la mini-série de Raoul Peck sur l’ENA, « L’école du Pouvoir » et j’ai dès le lendemain appelé ma fille, Juliette, directrice de casting, pour savoir qui était cette jeune comédienne dont la présence, la force intérieure m’avaient impressionné. Puis j’ai rencontré Céline... A partir de là, nous avons partagé nos vertiges et sommes allés ensemble « chercher » Sœur Luce, servis et entourés par une magnifique équipe.

Retrouvez Ici-bas en Août sur TV5MONDE!

 

 

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